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La Revanche des Communeux
La Revanche des Communeux
288 pages
ISBN 978-2-35652-069-02
Parution : décembre 2011
20 €


Ce texte publié en 1886 n’avait jamais été réédité



Couverture : aquarelle de Jacques Gruet





« Jean-Baptiste Clément est surtout connu comme auteur de chansons (Le Temps des cerises). Grâce à La Revanche des Communeux, qu’il était important de rééditer, nous découvrons un écrivain véritable, et son engagement total dans la plus belle des batailles : donner non seulement le nom d’homme aux ouvriers, aux traîne-misère, aux gueux, à ceux que l’on reléguait depuis toujours dans les basses classes, mais encore leur faire prendre le pouvoir. J’ajoute qu’il prit lui-même une part active dans la Commune et qu’il combattit ardemment, armes à la main, pendant toute la Semaine sanglante.
Voici un homme qui accomplit un acte, celui de faire coïncider sa vie avec ses convictions. Il nous livre sa pensée, ses doutes, ses espoirs, et la difficulté de mettre sur pied un gouvernement prolétarien.  » François Perche (extrait de la préface)


Maurice Choury (Les Poètes de la Commune, éd. Seghers, 1970) :  « Chansonnier, journaliste, Jean-Baptiste Clément a également révélé de vrais dons d’écrivain dans La Revanche des Communeux, où il excelle à recréer la réalité par des portraits rapidement brossés et un dialogue riche en couleurs. »

C'est cette note qui nous a fait chercher... et enfin trouver (après 4 ans) un des rares exemplaires de ce livre. Il nous a paru important de le rééditer.


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Notes de lecture

Bernard Bier (Les Amis de la Commune, avril 2012)

   On connaît l’auteur de chansons, on sait son engagement dans les « journées sublimes » et en particulier lors de la « Semaine sanglante », on connaît moins l’écrivain. D’autant que cet essai, publié en 1886, n’avait jamais été réédité. Il ne s’agit pas ici d’un livre d’histoire, pas d’un pamphlet, mais d’un livre de souvenirs, adressé à tous ceux qui se veulent les héritiers des « communeux » (c’est le terme usité à l’époque, des deux côtés de la barricade).
    Deux éléments de contexte : l’amnistie de 1880 (« eh ! quoi, ce sont ceux qui ont mérité la corde qui ont la prétention de pardonner ceux qui auraient dû les pendre ») et une commission d’enquête parlementaire mise en place par le pouvoir sitôt après les événements (« Plus une enquête est officielle et moins elle aboutit »). Une large part de cet ouvrage est une réfutation des conclusions de ce rapport à charge. Clément commence par une présentation des trente membres de la dite commission (présidée par le comte Daru), dont le statut et la position sociale disent assez où sont leurs intérêts. Il réfute point par point certaines des allégations, « répond aux calomnies », n’hésitant pas à convoquer l’histoire à l’appui de sa démonstration (Etienne Marcel et les Etats généraux de 1356, la Révolution française dans ses péripéties, 1848). La démarche est significative d’une exigence, et de la volonté de préparer l’avenir, c’est-à-dire « la revanche du droit et de la justice sur l’oppression et les iniquités,la Revanche (majuscule de l’auteur) des exploités contre les exploiteurs ».
    L’aspect peut-être le plus intéressant du volume, novateur si l’on se réfère à la date de publication initiale, c’est de donner à voir de l’intérieur les débats à l’Hôtel-de-Ville, en particulier autour des trois premiers décrets du 29 mars 1871 (moratoire de trois mois de loyer, abolition de la conscription, interdiction de mise à la vente des objets déposés au Mont-de-piété). L’auteur y montre l’impatience des uns – c’est son cas –, les scrupules des autres qui expliquent aussi le caractère dilatoire des décisions, les basses manœuvres aussi de ceux qui n’adhèrent pas au projet du mouvement prolétaire, voire font insidieusement tout pour le saper, préparant leur revanche, ces « républicains endormeurs » qui furent déjà les fossoyeurs en 1848.
    Le style est enlevé, le trait acerbe, la passion et la gravité s’y font entendre. Cet ouvrage se veut aussi une contribution à une analyse plus rigoureuse, revendiquant aussi la nécessaire recherche des erreurs, qui doit servir de leçon pour le futur, Clément restant animé de la certitude que « La Commune n’est pas morte ». Un second volume devait suivre qui n’a jamais été retrouvé, qui ne fut vraisemblablement jamais écrit […] mais telle quelle, voilà une réédition bienvenue !


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Jean Châtain (L'Humanité, 17 février 2012)

   Le nom de Jean-Baptiste Clément reste accroché à une chanson, l’une des plus célèbres des deux derniers siècles et, encore aujourd’hui, la plus régulièrement reprise par des interprètes fort divers : si vous êtes amateur de Juliette Gréco, vous avez sûrement un enregistrement du Temps des cerises dans votre discothèque ; auparavant, il y avait eu Mouloudji, la Chorale populaire de Paris et bien d’autres ; plus récemment le groupe Zebda avec une interprétation « beur » qui donnait une nouvelle résonnance à des paroles que tout un chacun se surprend à fredonner lorsqu’il se sent avec ou sans raison joyeux et que le climat s’y prête. Vous connaissez sans doute aussi une autre de ses œuvres, La Semaine sanglante, cette fois la rage se substitue au plaisir de vivre :
   « Oui, mais…/ Ca branle dans le manche/Les mauvais jours finiront/Et gare à la revanche/Quand tous pauvres s’y mettront ! »
   L’appel à la revanche se retrouve dans le titre de cet ouvrage méconnu, réédité pour la première fois depuis sa parution météorique en 1886. Un livre qui évoque irrésistiblement le style de Jules Vallès, directeur et éditorialiste en 1871 du journal Le Cri du peuple, auquel, durant ses quelques mois d’existence, Jean-Baptiste Clément collabora d’ailleurs régulièrement. Il rapporte le carnet intime tenu par son auteur entre mars et mai 1871. Notes personnelles revues (on pourrait dire non pas corrigées mais refiltrées, revisitées) quelques années plus tard en les confrontant au rapport parlementaire pondu par l’Assemblée versaillaise afin de donner un semblant de justification aux massacres ayant accompagné et suivi la victoire de M. Thiers sur le peuple parisien (encore que l’on ne saurait oublier les Communes de Lyon, Limoges, Marseille ou Le Creusot, entre autres exemple possibles, dont Clément, millitant et responsable communard de Montmartre, n’avait peut-être alors même pas entendu parler).
   Témoignage quasi inédit donc, que sa qualité d’écriture promet au rang de document de premier plan sur l’histoire du mouvement ouvrier au XIXe siècle. Y compris sur ses contradictions, si l’on en juge par l’âpreté des débats opposant les « communeux » entre eux à chaque décision à prendre, entre partisans de la « révolution sociale » et ceux qui, alors que l’artillerie versaillaise tonnait à leurs oreilles, demeuraient pétris du respect de la légalité. A tous points de vue un texte de référence.


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Georges Châtain (L'Echo, 13 janvier 2012)

   Jean-Baptiste Clément, indomptable militant des causes populaires, combattant insurgé sur les barricades parisiennes, condamné à mort par contumace, a publié en 1886 La Revanche des communeux. Jamais réedité, il est aujourd'hui au catalogue du Bruit des autres.
   Il est l'auteur de la chanson sans doute la plus universellement connue du répertoire français, Le temps des cerises. Jean-Baptiste Clément (1836-1903), fils de meunier, apprenti dinandier, poète-chansonnier montmartrois, journaliste, emprisonné par Napoléon III, élu du XVIIIe arrondissement au Comité Central de la Commune de Paris, proscrit, condamné à mort par contumace, revenu en France après l’amnistie de 1880, mais pas calmé pour autant : au Parti Socialiste Ouvrier Révolutionnaire, il travaille à la montée du syndicalisme. Il écrit, en même temps, « La revanche des Communeux », qui est moins un livre d’histoire qu’un récit à la première personne : un texte « indigné » sur son itinéraire personnel et sur l’écrasement sanglant – 35000 mille morts, quarante-trois mille arrestations – du premier pouvoir ouvrier de l’histoire.
   Cette « revanche » n’est pas un plaidoyer, c’est un réquisitoire, et un appel à la récidive : « tant que la justice sociale n’aura pas triomphé, nous nous servirons des cloches pour sonner le tocsin, du drapeau rouge comme signe de ralliement des tambours pour battre la charge et monter à l’assaut du vieux monde ! » ; et encore « je suis et veux rester un combattant de ces jours de colère, d’espoir et de déceptions, en même temps qu’un révolté qui ne désarmera que le jour où la cause du droit et de la justice aura triomphé ».
   Chronique subjective et se revendiquant comme telle, cette « revanche » est néanmoins un précieux document historique. Les débats des comités de la Commune y apparaissent dans toute leur complexité et leurs passions. Le mouvement est sans cesse partagé entre la radicalité et la violence rendues omniprésentes dans la réalité de la guerre civile et de la répression versaillaise, et les aspirations humanistes que porte  en elle l’insurrection communarde. Jean-Baptiste Clément en parle joliment dans son évocation du drapeau rouge qui « plane victorieux, non seulement sur Paris, mais sur le monde entier, car on le voit de partout ». Mais, ajoute-t-il, « ce n’est pas par fétichisme que nous avons tenu à l’arborer ici. Nous saurions bien nous passer de drapeau si la paix sociale était faite. Bien plus nous serions heureux d’avoir à le remplacer par une branche d’olivier ! »
   Il aime souligner la drôlerie sinistre de la situation d’après la répression. Lorsque par exemple il détaille la composition de la commission officielle d’enquête sur les origines de la tragédie. Quelques noms parmi les trente commissaires. Le comte Napoléon Daru, « toujours avec les vainqueurs contre les vaincus », le comte Joseph Wetz de  Rainneville, Paul Panon des Bassyns, baron de Richement, directeur de la Banque foncière, industrielle et commerciale de Madagascar, le vicomte Marie-Camille Alfred de Meaux, le marquis Octavien de Quinsonas, officier qui « se distingue particulièrement pendant la Semaine Sanglante » ; Il déplore aussi les divisions internes qui fragilisent la Commune ; en refusant d’instruire des procès après coup : « qu’entre nous nous récriminions et nous critiquions, que nous nous rejetions les uns sur les autres les fautes qui ont pu être commises, je dis que ce serai faire une triste besogne » et « donner encore à nos ennemis le spectacle réjouissant de nous déchirer entre nous ».
   Jean-Baptiste Clément préfère soigner la « plaie ouverte » de ce « Temps des cerises », dédié à « la vaillante citoyenne Louise, l’ambulancière de la rue Fontaine au Roi, le dimanche 28 mai 1871 » ; La dernière barricade, tombée le dernier jour de la Semaine Sanglante. Jean-Baptiste Clément en était.

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Muriel Mingau (Le Populaire du Centre, 13 janvier 2012)

   Il est l’auteur de la fameuse chanson Le Temps des cerises. En 1886, Jean-Baptiste Clément publiait aussi La revanche des Communeux. Dans ce récit plein de force, réédité au Bruit des autres, cet élu du Conseil de la Commune de Paris revient sur l’expérience majeure de sa vie.
   C’est un document précieux, pas seulement parce que, jamais réédité depuis 1886, il était jusqu’à présent introuvable. Aujourd’hui, les éditions Le Bruit des autres le tire de l’oubli, dans un livre frappé au sceau du drapeau rouge ; Il « flotta victorieux pendant deux mois à l’Hôtel de Ville de Paris en 1871 », rappelle fièrement Jean-Baptiste Clément, en ouverture de son récit.
   Suite aux journées insurrectionnelles de mars 1871, la Commune de Paris s’organise et agit en gouvernement. Jean-Baptiste Clément est un membre important du Conseil de la Commune, pour laquelle il se battra jusqu’au bout. Le 28 mai 1871, au terme de la répression sanglante conduite par Thiers et les versaillais, il participe encore à la dernière barricade. Il parvient à fuir, gagne la Belgique, puis Londres.
   Huit ans d’exil, une condamnation à mort par contumace, les milliers de morts de la « Semaine sanglante » et les représailles impitoyables qui s’en suivirent, rien ne vient à bout de sa combativité. C’est ce qui transparaît dans  La Revanche des Communeux ; « Ce récit permet une revanche par la plume en attendant l’autre », écrit-il.
   Pourtant, l’auteur y montre beaucoup de lucidité et d’esprit critique, revenant par exemple sur les difficultés rencontrées à mettre en œuvre un gouvernement prolétarien. En effet, avec ses portraits caustiques de notables ou ses extraits de décrets de la Commune, l’ouvrage est également une mine d’informations historiques.
   Enfin, Jean-Baptiste Clément témoigne d’un engagement total pour les « sans travail » et les « sans pain ». Dans un style percutant, il brosse le tableau poignant de la misère de son temps. Sous le cuir du combattant, on sent une tendresse immense, un sentiment fraternel sans bornes, pour ceux auxquels les possédants ne reconnaissent pas la dignité d’homme. Cette tendresse nourrirait-elle sa force ? En tout cas, elle rend cet homme admirable par sa probité viscérale, et également très attachant.


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Pascal Hérault (revue en ligne Encres Vagabondes, 24 décembre 2011) :

   C'est une voix qui vient de loin et qui nous parle cependant de choses actuelles, qu'il s'agisse de justice sociale, de lutte contre la misère ou de démocratie libérée des puissances de l'argent. C'est la voix de Jean-Baptiste Clément, auteur du Temps des cerises, une chanson que l'on fredonne encore même si on ne connait pas grand-chose à la Commune.
   De la Commune, il n'est question que de cela dans La Revanche des Communeux. Publié en 1886, ce livre n'avait jamais été réédité. On peut s'en étonner, tant il s'agit d'un document riche qui ravira autant les historiens que tous ceux qui, par sensibilité ou démarche politique, voient dans la Commune un exemple toujours vivant de gouvernement prolétarien.
   Cependant, pour l'approcher, il convient de remettre les choses dans leur contexte. Au moment où Jean-Baptiste Clément publie son livre, quinze ans à peine ont passé depuis l'insurrection parisienne. Les Communards ont été amnistiés en 1880. La construction du Sacré-Cœur est entamée depuis 1873 afin "d'expier les crimes de la Commune", selon l'expression consacrée de l'époque. La Troisième République est établie. En clair, imaginons un livre publié aujourd'hui et qui évoquerait des évènements qui se seraient déroulés en 1996. On parlerait d'histoire récente et les différents acteurs qui le composeraient seraient encore vivants pour la plupart. Pour le lecteur, il serait assez facile de saisir les enjeux de tel ou tel débat, voire même d'y mettre sa propre réflexion en fonction de l'atmosphère du temps présent.
   C'est avant tout dans cette perspective que Jean-Baptiste Clément écrit son livre. La première partie, dédiée aux combattants de 1871, se donne pour but de rétablir la vérité, face à une presse et une opinion publique qui considèrent surtout la Commune comme une aberration politique (sur ce sujet, voir la correspondance de Flaubert et ce qu'en a dit Maxime du Camp). Jean-Baptiste Clément, loin de s'assagir, nous donne d'ailleurs la clé de son titre : « C'est un titre de combat, car je considère l'époque que nous traversons comme un armistice. » L'ancien communard reste donc un combattant révolutionnaire, fier de son drapeau rouge et la mémoire encore fraîche de tous ses frères tombés sous la mitraille des versaillais.
   La seconde partie du livre prend appui sur l'enquête parlementaire censée faire toute la lumière sur l'insurrection ouvrière. Occasion pour Jean-Baptiste Clément de donner libre cours à sa verve de satiriste et de portraitiste, mais pas seulement : son exigence de vérité retourne un à un les arguments des parlementaires réactionnaires, preuves à l'appui et décrets en main (ceux de la Commune). L'historien se fait polémiste ; il ne s'agit plus seulement de défendre une mémoire : il s'agit surtout d'argumenter en faveur d'une expérience politique qui, si elle n'est pas exempte d'erreurs et d'excès, vaut pour les temps à venir. Jean-Baptiste Clément n'a pas renoncé à son combat. Bien plus, la vue de la misère continue de le révulser au plus haut point comme le montre l'évocation de cette jeune femme qui, pour y échapper, choisit de se jeter dans la Seine avec son enfant. L'emploi du présent, dans cette scène pathétique, montre au lecteur combien elle n'a pas disparu avec la Troisième République…
   Et aujourd'hui, dira-t-on, quel peut être l'intérêt de lire ce livre ? Pour ne pas oublier, répondra-t-on. Et pour comprendre surtout que la justice sociale n'est jamais donnée aux peuples, mais qu'elle est toujours le fruit d'un combat entre des forces antagonistes. (Encres Vagabondes)

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