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Les orphelins d'Allah
Les orphelins d'Allah
ISBN 978-2-35652-032-6
176 p.
15 €
Le vieillard et l’enfant, l’homme et la femme, le riche et le pauvre, le malade et le bien portant, l’être humain et l’animal… chacun, à un moment ou à un autre, est confronté à la douleur et devient un « orphelin d’Allah ».
Dans ces dix nouvelles, sans se départir de son humour habituel, Moussa Konaté nous plonge au cœur de ses personnages pour nous faire vivre le caractère inconstant et fragile du bonheur.



Couverture : peinture de Christian Viguié


Entretien avec la journaliste Muriel Mingau :

Muriel Mingau : Pourquoi votre recueil de nouvelles s’intitule-t-il Les Orphelins d’Allah ?

Moussa Konaté : Quand j’étais enfant, j’entendais souvent ma mère parler des Orphelins d’Allah. Elle disait qu’il fallait leur venir en aide. Cette expression s’est inscrite dans mon esprit et dans mon cœur. Les orphelins d’Allah sont tous ceux qui souffrent d’une façon ou d’une autre. Ce livre leur est dédié. Il est aussi un hommage à ma mère, une façon pour moi de continuer à converser avec elle par-delà la tombe. Ces nouvelles sont une façon de lui dire que moi aussi je suis très sensible aux souffrances d’autrui. Je ne peux pas en être témoin sans qu’elles ne me bouleversent complètement. Il y a une telle souffrance dans celui qui vous tend la main ! Toutefois, la souffrance n’est pas seulement due à la misère. Elle peut se trouver dans la confrontation à la solitude, à la mort. Je me dis même qu’il est dans notre nature humaine de souffrir. On peut atténuer cette réalité en allant vers les autres. Je trouve qu’on ne le fait pas assez.

Muriel Mingau : Ecrire, est-ce pour vous une façon d’aller vers les autres, de lutter contre cette souffrance?

Moussa Konaté : Oui, c’est une façon que j’ai de rappeler qu’il faut penser les uns aux autres.
Ces nouvelles se passent toutes en Afrique. Elles décrivent des situations et des personnages très divers. D’où vous sont venues toutes ces histoires ? Est-ce que ce sont des choses que vous avez vues, entendues, inventées ?
C’est tout cela à la fois. Dans ce livre, se trouvent des choses que j’ai vues, entendues, et que mon imaginaire a transformées. Il s’y trouve aussi des souvenirs d’enfance, et d’autres plus récents. Certains récits sont complètement inventés. Ces nouvelles sont donc le fruit de mon expérience des rapports sociaux et humains.

Muriel Mingau : Les avez-vous écrites à la suite ou bien sporadiquement dans le temps?

Moussa Konaté : J’ai mis environ une dizaine d’années à les écrire. Il m’est arrivé d’en rédiger plusieurs à la suite, mais pas toujours. Je les écrivais quand se faisait un déclic, quand un orphelin d’Allah se présentait à moi, à mon imaginaire.

Muriel Mingau : Vous avez  créé la maison Le Figuier en Afrique puis Hivernage à Limoges. Pourquoi un écrivain devient-il éditeur ?

Moussa Konaté : Je ne fais pas de distinction entre mes métiers d’écrivain, d’éditeur et de directeur de festival, puisque je codirige aussi le festival Etonnants Voyageurs à Bamako, déclinaison d’Etonnants Voyageurs à Saint Malo. Ces festivals sont consacrés  aux livres, aux auteurs et à la lecture. Dans dans toutes ces situations, je suis au service du livre. Je l’écris. J’édite ceux des autres. Je m’attache à ce que le livre trouve sa place dans la culture au Mali. Faire vivre le livre, voilà tout ce qui compte pour moi, indépendamment des titres et des fonctions.

Muriel Mingau : Vous avez un jour renoncé à votre métier d’enseignant pour ne plus vous consacrer qu’à l’écriture. Comment en êtes vous arrivé à prendre cette décision ?

Moussa Konaté : Alors que j’étais enseignant au Mali, je me suis aperçu que ma vocation d’écrivain était prépondérante. J’avais beaucoup de choses à dire. Mon métier prenant ne me laissait pas la possibilité de le faire. Cette décision s’est imposée à moi. Je l’ai prise sans état d’âme et sans peur, car je voulais vivre conformément à ce que je suis profondément. Il faut dire aussi que le contexte social et politique de mon pays a favorisé ce choix. Le Mali était alors dirigé par des militaires qui voyaient dans les enseignants des fauteurs de trouble. L’enseignement commençait aussi à se dégrader.  Je ressentais le besoin de me soustraire à ces pressions. Je dois dire cependant que vivre du métier d’écrivain n’est pas toujours facile.

Muriel Mingau : Au regard de ce que font d’autres auteurs africains, votre style est particulièrement classique. Pourquoi se différencie-t-il ainsi ?

Moussa Konaté : Cela vient à n’en pas douter de ma formation. J’ai fait des études de lettres classiques. Et il puis, à mon sens, il conviendrait de nuancer ce qualificatif de classique. On trouve par exemple dans mon écriture des formules qui me viennent directement de l’Afrique. Toutefois,  je tiens à dire que, lorsque j’écris, le style n’est pas mon souci premier. Mon souci premier est l’idée et, surtout, mon questionnement sur l’Afrique. Je veille donc à ce que ces idées, ce questionnement, soient transmis de manière simple et claire, afin de les partager au mieux.

Muriel Mingau : Les Noirs Africains et la Trahison des Ancêtres est un essai qui paraîtra début 2010 chez Fayard. Cet ouvrage est également très important pour vous. Avez-vous d’ores et déjà envie de présenter ?

Moussa Konaté : Bien sûr. Cet essai donnera ma vision de la situation de l’Afrique. Je me suis demandé : « comment en sommes-nous arrivés là » ? Malgré tout, quelle peut être la contribution de ce continent à un avenir meilleur pour la planète ? J’y parle de beaucoup de choses, de la colonisation, des rapports avec le monde arabe. Je porte aussi un regard critique sur le modèle social africain. Je m’attends à des réactions autour de ce livre. S’il provoque du débat, je considère que mon métier d’écrivain y trouvera beaucoup de sens.

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