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Le Journal des arbres
ISBN 978-235652-026-5 20 € Jean Mailland reçoit un jour, de sa compagne Anna Prucnal, un étrange et superbe cadeau : un Bois. Dans ce récit, sous forme de journal, de poème, il rend compte de son aventure solitaire, de ses dix ans de bonheur avec ce Bois, avec lequel il s’est avec insolence identifié. Il en prît un soin particulier au point de donner à chaque arbre un nom d'écrivain. Aujourd’hui ce Bois a retrouvé son état d’origine. Avec la matière des arbres sont fabriqués les livres, l’auteur a voulu leur dédier celui-ci. Notes de lecture : Yves Neyrolles (revue L'Improbable) Jean Mailland fait partie des rares cinéastes à avoir signé une adaptation réussie d’un roman de Roger Vailland. Ce fut Un jeune homme seul, qu’il mit en scène pour la 1ère chaine de la télévision, en 1973, s’entourant notamment de comédiens amis, appartenant alors à la troupe de Roger Planchon (Isabelle Sadoyan, Jean Bouise, Claude Lochy, Janine Berdin). Jean Mailland est aussi connu comme l’auteur de la plupart des textes des chansons d’Anna Prucnal. Des poèmes, des récits et un roman (La tête à la renverse, 1971) complètent une production littéraire riche et singulière. Avec Le journal des arbres, paru en juin 2009, c’est à une vraie surprise qu’il nous convie. Durant plus d’une dizaine d’années, en effet, l’auteur a tenu, en même temps que le stylo (pour rendre compte de l’ouvrage en cours), toutes sortes d’outils de jardinage avec lesquels il a transformé un petit bout de la Forêt d’Othe en un parc « apprivoisé », c’est-à-dire un espace qu’il a peu à peu redessiné à sa façon, donnant aux allées créées et aux arbres les noms de tous ceux dont l’écriture (littéraire, théâtrale ou cinématographique) a alimenté, soutenu, activé, traversé sa propre écriture. Une ample et cordiale bibliothèque de verdure se constitue ainsi au fil des années et des pages, qu’illustrent quelques croquis de Pierre Dosse. Malgré la répétition des tâches, le lecteur se met à suivre avec curiosité, puis avec intérêt, cet étonnant chantier. Nous nous surprenons à partager les émotions, les coups de fatigue, les coups de gueule, les enthousiasmes, l’entêtement d’un homme, habité d’une véritable passion de créateur et qui, constamment, se révèle à nous sous le double titre d’auteur et d’ouvrier d’un paysage à reprendre sans cesse comme des mots qui tentent de cerner l’entreprise, des mots tour à tour marquant, magnifiant, éclaboussant le travail d’un tâcheron devenu « deus ex machina » de son petit bois. ****** Marie-Noël Rio (Les Lettres Françaises) En 1983, Jean Mailland et Anna Prucnal s’endettent au Crédit agricole pour acheter la ferme des Trois Maisons en forêt d’Othe, la forêt où le petit singe Joli Coeur meurt de froid dans Sans famille, d’Hector Malot. En 1985, Anna offre à Jean pour son anniversaire le bois mitoyen. Pendant dix ans, Jean y passe tout le temps qu’il peut. Le bois, pour les paysans, c’est du bois : à tronçonner, à brûler, à vendre. Pour Jean, c’est une façon de vivre. Pendant dix ans il coupe, taille, brûle, aplanit, ordonne le bois ensauvagé. Seul. Entre le chêne Élisabeth (Vailland) qui marque l’entrée au nord et l’arbre mort Lao Tseu, le vieux maître, qui monte la garde à l’ouest, il nomme tous les arbres du nom des morts aimés, d’Épictète à Aragon, de Chaplin à Essenine, de Strindberg à Maïakovski, de Diderot à Vailland : il les rend à la vie. Le Journal des arbres est le récit de Jean dans son bois. En filigrane, Anna, les amis, la lutte quotidienne pour gagner de l’argent, réaliser les projets, et la procrastination : la jouissance du bois, la joie du corps rompu, c’est aussi une manière de se défiler, de ne pas écrire. Jean s’acharne : labeur fou puisque les ronces, les rejets, les broussailles repoussent sans cesse. Labeur pour rien, pour la beauté du geste. Le Journal est une ode au plaisir désintéressé et le bois une métaphore de ce que c’est que de vivre : un travail à recommencer chaque jour, sans relâche, avec la mort devant soi. C’est un très beau livre. J’ai pensé souvent, le lisant, à Leos Janàcek et à sa Petite Renarde rusée, un opéra où, jusque dans la mort, éclatent la joie de la nature et l’émerveillement devant le cycle éternel de la vie. ****** Yvan : Les premières pages m’apparaissaient comme un défi à l’écriture. Et le défi est tenu. ****** Martine : J'ai aimé votre livre qui témoigne de votre soif de vie et de nature que je partage. J'ai aimé aussi votre façon de relier les arbres de votre bois à vos auteurs favoris… ****** Agnes : J'ai éprouvé un immense plaisir à la lecture du Journal des Arbres. Je l'ai savouré lentement, à petites doses, comme on apprend une leçon. Sous une forme d'écriture dépouillée, se dégage une poésie de la vie et un culte de la nature, de sa beauté à l'état pur, fondamental. Ce récit simple d'une tranche de vie est intemporel. Enrichi de citations choisies qui culminent avec Vladimir et Nietsche, il est à l'image d'un des « personnages » central : un vieil arbre mort, le bien nommé Lao Tseu, qui reste fièrement debout dans toute sa splendeur... Il est l'âme de cet ouvrage. ****** Une lectrice : Ton livre envoûtant qu'on ne lâche qu'après l'avoir terminé , c'est du chamanisme à tendance démocratique révolutionnaire, on regarde les arbres autrement après l'avoir lu. Et le parcours initiatique que tu nous offre dans ta forêt est plus magique par son humanité que celui de Brocéliande. On en sort serein et et un peu mélancolique comme on devrait l'être face à la mort, si on avait moins d'arrogance. Marie-Ange Janucillo ****** Richard Blin (Le Matricule des Anges, juillet- août 2009) : Arbres, mes frères. Derrière l’histoire d’amour entre un homme et des arbres, c’est le sens animal du territoire et le bonheur simple des heures de véritable existence, que célèbre Jean Mailland. En disciple d’Henri Michaux – pour qui tout vrai poète ne peut que ressentir un jour le désir de se détacher totalement de l’humanité et d’ « entrer dans un monde qui ne doit rien à personne », Jean Mailland (né en 1937), réalisateur et scénariste autant qu’écrivain et auteur dramatique, a décidé, en 1985, au retour d’un long séjour au Québec, de faire une halte dans sa vie, de quitter Paris et sa « bruyance » . Direction, la Champagne pouilleuse et la forêt d’Othe, celle de Sans famille d’Hector Mallot, une région qui a des allures de Pologne, le pays d’Anna Prucnal, sa compagne. En quête de solitude régénératrice, ils y font l’acquisition d’une ferme avec des dépendances, jardin de curé, verger et Bois. Un Bois à l’abandon, livré aux ronces et au lierre, encombré d’arbres morts, et qu’il va s’agir d’apprivoiser, de travailler. Une forme d’appropriation conçue comme un véritable acte artistique. « Travailler manuellement en forêt, c’est sculpter un espace en le “composant” de l’intérieur ». C’est fabriquer une sculpture géante « constamment changeante et modifiable », sculpture sans fin, « en total devenir, vouée aux risques et périls du temps, des saisons, des climats, des orages et des vandales ». Le Journal des arbres témoigne de la façon dont Jean Mailland a vécu son Bois (de janvier 1985 à mai 1995), y consacrant tous ses jours et toutes ses heures de liberté. Délivrer chaque arbre de son environnement de broussailles, le débarrasser des branches et des troncs morts, éliminer les bosquets inutiles, tracer des chemins, brûler, lutter contre la sournoiserie du génie végétal. A la main, à la scie, à la machette, « dessauvager, désortiser, déronçailler ». Gagner la bataille des épines et des ronces – dont il faut, à la pioche, enlever les racines et le bulbe. « Le nettoyage du bois, voilà ma manière de me soigner, d’oublier, de me battre contre de vrais éléments, de mettre de l’ordre en moi, (…), de me mesurer physiquement à l’impossible, l’aléatoire, le provisoire. » Mais modifier, c’est aussi savoir laisser sa chance à la graine, faire entrer la lumière, savoir décider des coupes et se préoccuper de l’instant présent tout en pensant aux saisons futures ; C’est « bâtir un lieu pour l’œil et pour l’oreille », connaître le plaisir d’évoluer à l’intérieur de cette manière vivante et silencieuse, et espérer un jour « arriver à l’entendre, la comprendre ». Essentiellement bienveillant, organiquement relié à la matérialité profonde de la terre et s’élevant vers le ciel en éclairant ce qui l’entoure, l’arbre est une réserve (invisible) d’être, le complice des joies et des douleurs de Jean Mailland. Rendu lisible, répertorié, « vécu, caressé, rêvé et aimé », chaque arbre est nommé. C’est que les livres étant faits avec des arbres, ceux-ci « deviennent des écrivains », le nom des auteurs de ma bibliothèque retournent aux arbres ». les Frênes ont en pririté des noms de poètes, les Chênes des noms d'écrivains, les Châtaigniers des noms de cinéastes. « Cette forêt c’est ma Pléiade à moi ! » Un Bois parcouru au petit matin comme au clair de lune. Un Bois où il fait bon faire l’amour, ramasser des morilles, marcher en se disant « là, je planterai un arbre. Là, je créerai un bosquet. Et là je pisserai face au ciel . » Un Bois aussi qui sera vendu… Reste ce Journal des arbres, dix ans d’exercices du Bois, et ce florilège de citations et d’hommages qu’il est aussi – à Héraclite, à Nietzsche, à Vailland, Guillevic, Maïakovski, Essenine… un concentré revitalisant, de temps, de passion et de poésie. ****** Marie-Jo Freixe : Ne lisez pas Jean Mailland si vous ne voyez que du bois dans le Bois (avec majuscule !) que ce Journal des Arbres fait découvrir à qui veut bien s’aventurer à sa suite dans la forêt des mots. Comme tout journal, celui-ci tient une chronique : au long de dix années, celle d’une histoire d’amour entre un homme et des milliers d’arbres au Pays d’Othe dont le passé historique s’associe aux Ligures et dont le nom dans leur langue signifie « réunion d’arbres »... On y lit la vie d’un couple, celui que Jean forme avec Anna Prucnal, d’une famille, les visites d’amis, l’évocation de fêtes. Poétique ou cinématographique, l’écriture de Jean Mailland sait nous faire partager ses savoir-faire comme son émotion devant les chants d’oiseaux ou devant ces animaux qu’il considère avec tendresse. Ainsi nous rend-il sensible la relation physique à ce Bois qu’il aime et qu’il veut en bonne santé. S’approprier ce domaine ce sera pour lui, donner à ses arbres aimés et choyés, des noms d’écrivains, de philosophes, de cinéastes « pour retrouver vivante (sa) bibliothèque ». Compte-rendu scrupuleux des activités du « sylvisculpteur », agenda de ce qu’il lui faut faire pour aménager ces lieux pendant les heures arrachées à la vie professionnelle, ce Journal est ponctué de souvenirs, de références, de citations. Viennent s’y insérer des poèmes, les siens et ceux des autres, des chansons aussi bien sûr et même des légendes. Les travaux des jours également : bûcheron, l’auteur va de la forêt à l’écriture, soucieux de créations, de réalisations de plus en plus urgentes car de leur succès dépend le sort du domaine des Trois Maisons. Anna y travaille aussi, répétant dans les bois. Ensemble ils y réaliseront un beau projet: celui de la Grange Théâtre, un rêve devenu réalité. Pourtant, un jour, tout basculera, il faudra vendre, c’était inéluctable : « je ne gagnerai pas la guerre des banques, des impôts, ni celle des subventions, des producteurs, ni celle des ronces, la guerre des rejets…». Au doute qui pourrait s’installer, il réplique en travailleur inlassable jusqu’au bout dans ce Bois qui ne lui appartient déjà plus. Après l’évocation d’une ultime scène d’amour, ce journal dit la volonté de rendre les arbres à leur anonymat, de désapprendre la maison. Il dit aussi l’inachèvement d’une œuvre ou d’une vie où se mêlent et s’opposent désir d’oubli et force des souvenirs. À l’heure du déménagement, pour celui qui avait dit vouloir « se mettre le Bois en mémoire pour s’en souvenir les jours d’absence » tout s’emporte dans le sang : « dans ma mémoire, écrit-il, nul n’est besoin de déménageurs ». Lisez Jean Mailland ! Promenez-vous dans cette mémoire et dans son Bois en toute liberté, vous n’y ferez que de belles rencontres dans la fraternité des livres et de leurs auteurs! ***** Une lectrice : Ton livre est formidable, Jean, c'est un magnifique autoportrait et toute une bibliothèque. Et puis votre vie à Anna et toi en filigrane. J'aime tes arbres, tes bêtes, je comprends très bien ce que tu dis, cette fusion avec la nature, je connais cela, c'est parmi les plus belles expériences de la vie. Les arbres, les êtres, les livres, et là-dedans l'être tout entier. Une lectrice polonaise : Le vendredi j'ai commence lire ton livre Le Journal des arbres. C'était impossible pour moi d'arrêter. J'ai fini dimanche le nuit. C'est extraordinaire, les aventures de Votre vie au Les Trois Maisons, vie intime des arbres et de Bois, de Votre vie amoureuse, de Vos animaux, de Billy, do Pompon, de Pomponette. Les passages sur Armand Gatti, Elisabeth, Aragon sont formidables. Les portraites d'Anna répétant les textes avec Billy, les souvenirs d'enfance, les récitations des poèmes et des philosophes. Ce livre sur Ta vie idyllique a donne a moi grand plaisir. Ce ma dit beaucoup sur Ta vie intellectuelle. Merci pour ton livre. Pour moi est difficile d'expliquer tout en français, mais j'écris un long passage sur ton livre en Polonais, dans mon blog, demande Anna de te traduire… Une autre : Merci encore. C’était une grande aventure d'habiter dans Votre Bois. Une autre : J'ai commencé à le lire dans le métro et ne l'ai plus quitté ! Je voudrais continuer à flâner dans ces chemins des philosophes, continuer à croiser les poètes et cet homme -votre ami - avec ses incertitudes, ses problèmes, ses joies son travail de Sisyphe sur les bois morts et les ronces, son appartenance profonde à ces bois! J'ai retrouvé aussi dans ce livre le travail incessant que nous menions autrefois en Puisaye dans les bois sauvages qui entouraient la maison et l'étang et l'arrachage des ronces auquel je me livrais avec obstination..... ce livre m'a beaucoup émue ! Je vous en remercie. Encore : Peut-on ajouter quelque chose à ces concerts de louanges! Ces arbres me hantent, Epictète aussi, que je connaissais peu à vrai dire, mais dont j'admire désormais le stoicisme serein… et sylvestre. J'adore les deux pages cartographiques qui font rêver. Quoique Rousseau et Diderot me semblent assez proches dans ce bois... Camus aurait peut-être pu pointer son nez et s'y faire une petite place. J'aime beaucoup cette liberté revendiquée, et l'idée d'inachèvement, précisément, qui libère encore davantage notre imagination et permet d'en rajouter. Quoiqu'il advienne ce bois est à nous, en nous, maintenant. Merci Jean. Un lecteur : J'ai lu avec plaisir le livre de Jean. D'autant plus que je l'ai lu ici, dans ma campagne, au milieu de mes arbres à qui je ne donne pas des noms d'écrivains et dans une forêt de bouquins qui hantent depuis toujours cette maison, auquel je n'associe aucun arbre. De quoi néanmoins m'imprégner très fort du climat que tu crée, si sincère, si intime... Moi aussi, j'ai des arbres qui, parce qu'on les a identifiés à l'un ou à l'autre de la famille (en croyant plaisanter) deviennent intouchables et que l'on n'ose mettre en péril. Et des lieudits avec des noms bizarres à usage privé qui sont des repères secrets pour nous tout seuls en connivence avec l'univers de tous. ***** Henri Citrinot : C’est un drôle de bois que celui des 3 Maisons. Un bois enfanté par un esprit déjanté, par un rêveur impénitent, en mal d’amitié. Je l’ai arpenté dans tous les sens, frôlant au passage les fantômes d’illustres personnages que les mains du forestier ont lentement, laborieusement enracinés dans une terre ingrate dont ils ont durablement ennobli la teneur. Vous m’avez entraîné avec une dextérité diabolique et un savoureux pilotage dans un interminable parcours. Je vous le pardonne volontiers car vous avez su ménager des haltes, permettant ainsi au pauvre randonneur que je suis de reprendre haleine. Le hasard (sans aucun doute) fait que vous avez atterri à l’extrémité de la forêt d’Othe alors que je me suis fixé, depuis plus de 40 ans à l’entrée de cette même forêt. Le hasard (toujours lui) fait que vos choix, vos préférences, vos idéaux, du moins ceux qui transparaissent de l’épaisseur des feuillages furent et demeurent aussi miens. A croire que d’arbre en arbre, de branche en branche, peut-être par les messagers ailés - objets d’une fascination qui hante toujours mon esprit – m’avez-vous fait transmettre, sans que j’y prenne garde des messages secrets afin qu’à mon tour je puisse goûter aux belles choses. Il ne me reste qu’à vous dire merci de m’avoir offert un bon moment de plaisir. ***** Martial Maynadier : Le Journal des Arbres est le livre des arbres, mais c’est aussi le « livres des livres » où Jean Mailland nous livre le meilleur de lui-même, avec une « sylvestrya » inégalée, un ouvrage à déguster à petit feu, à petits pas, à parcourir en ses allées touffues mais ordonnées de dates et d’années, une œuvre à pénétrer en ses entrées multiples où se perdre et surtout se retrouver, bibliothèque des bois et des livres épopée d’une vie qui passe, se construit et se déconstruit, somme de culture et de sylviculture, déambulation spirituelle reparcourant la civilisation de l’arbre aux livres et retour, un texte qui fait feu de tout bois, qui réchauffe l’âme et le cœur Iliade, et mandala … ***** Du Québec : Quelle heureuse surprise que ce Journal des arbres. J'en suis tout étonné tant je me suis surpris à vagabonder au coeur de ta forêt se St-Mards-en-Othe. A suivre ton parcours dans ce quadrillé aux noms amis, à y retrouver une pensée que je ne soupçonnais pas une seule seconde et à redécouvrir un sentiment de fraternité encore plus fort. Joie, Joie, Joie que ces pages. Un livre qui rapproche les êtres. Le tour de tous les sentiments humains à l'intérieur d'un simple quadrilatère. Voyager au coeur de soi, souvent le plus terrifiant des voyages. Merci pour ces pages heureuses. ***** De Pologne (traduit du blog de Remigiusz Grzela,journaliste polonais) Le Journal des arbres était resté posé sur mon bureau depuis quelques semaines et moi je voulais toujours y jeter un coup d’œil, d’autant plus que j’avais lu de longs passages avant que le livre ne soit publié. Mais contraint par des délais, par des occupations et des obligations diverses, j’attendais le moment où je pourrais enfin habiter ce Journal des Arbres, là-bas, sur la colline de Saint Mards, dans Les Trois Maisons, avec les héros du Journal, je dis trop vite le roman car il se lit comme un roman, avec Jean Mailland, Anna Prucnal, leurs enfants et leurs animaux. Le récit débute en 1985, lorsque Anna offre à son mari en cadeau d’anniversaire Les Trois Maisons avec une belle mais sauvage forêt qui nécessite de l’entretien. Jean Mailland, cinéaste, écrivain, philosophe qui croit aux arbres peut-être d’avantage que dans les hommes ne pouvait rêver de meilleur cadeau. Les deux travaillaient dur, Anna à l’opéra, au cinéma, au théâtre, en chantant des récitals et en enregistrant des disques, Jean en voyageant sans cesse avec des équipes de cinéma ou en s’enfermant dans son bureau, pour écrire un autre scénario, une autre pièce ou un autre roman. C’était le temps où Anna était très populaire en France, mais aussi partout dans le monde. Sans cesse entre deux valises, ils décidèrent tous les deux que le temps était venu enfin de se fixer, de trouver leur place, de s’échapper de Paris. Et c’était de cette manière-là qu'ils étaient tombés sur Les Trois Maisons. Et c’est à ce moment-là que débute l’histoire idyllique de Jean Mailland. Peut-être est-ce la description du temps où ils étaient heureux. Jean Mailland écrivait des journaux depuis toujours et comme il l'avoue dans la préface, c’étaient des journaux consacrés à différents sujets. Il écrivait un journal qui racontait ses expériences théâtrales, ou un autre décrivant le travail sur son premier roman. Cette fois, il avait ouvert un cahier acheté au Japon et avait commencé son Journal des arbres, livre duquel est difficile de se détacher, qui donne un plaisir pervers car totalement intellectuel qui plairait à Jaroslaw Iwaszkiewicz et à mon amie Krystyna Graban qui habite aussi en forêt. Mailland décrit le nettoyage de la forêt, le brûlement des feuilles mortes, les séjours successifs dans Les Trois Maisons, les animaux qui y vivaient, la chatte Pomponette, le chien Billy, les promenades avec Anna, leurs invités, leurs voisins, les livres qui habitaient avec eux et, donnant aux arbres les noms de ses philosophes, écrivains et cinéastes préférés, les transforme en êtres vivants. Sa bibliothèque prend vie (les livres sont faits des arbres et les arbres deviennent écrivains), il décrit aussi leur aventure avec eux. Il se remémore ses lectures et leurs auteurs. Sur les marges apparaissent les gens qu’il a rencontrés, qui ont changé sa vie. Déjà dans la citation qui ouvre son oeuvre il cite la fameuse phrase de Nerval « Je suis l’autre » et de Cendras « Je suis les autres ». Voici la clé de Jean Mailland, philosophe qui a choisi de vivre dans l’ombre des autres. Qui est véritablement lui-même seulement dans l’écriture. Récemment, j’analysais ici le précédant livre de Jean Mailland, intitulé Chez Maria, qui tout entier parle du fait que Jean vive au travers des autres. « Après un long voyage, l’homme se met face à la forêt, il se sent nu, pense qu’il pourrait se revêtir en la pénétrant. Il devient à nouveaux un enfant. Il veut accomplir l’acte d'immersion, s'y cacher. Vivre ou disparaître », ces mots qui viennent de la préface de l’intime Journal des arbres de Jean Mailland prouvent qu’il ne s’agit pas uniquement de la description de la présence, mais avant tout de la recherche de ce qui est caché, de la recherche du sens de la vie, donc avant tout du mystère de la mort. Jean cite dans son roman, car c’est de cette manière que je veux traiter son livre, non seulement ce qu'écrivaient sur les arbres ses philosophes ou poètes préférés, mais il veut dialoguer avec eux. Et il n'est pas obligé d’être toujours de leur avis. En donnant des noms aux arbres, il ne cesse d’être avec eux, il persiste à chercher en eux, les découvre à nouveaux, leur redonne vie pour lui-même. Avec les arbres reviennent aussi ceux qui ne sont plus. Peut-être pour la dernière fois. L'extrait du récit du 21 avril 1986 est bouleversant : « Ceci est, j’ai l’impression, le dernier automne où tu es devenu arbre en moi et pour moi. En 1985. Deux ans après ton suicide. Tu sais, je n’apprécie pas cette mort et pourtant tu reviens sans cesse. Avec ta manie des voyages. Les hôtels et leurs bars, tes manières de comtesse, tes manières irritantes. Je n'ai pas aimé ta mort de la même manière que je n’aimerai aucune mort, cet acte de l’arrêt, de la dérision (…) Je t’oublie. Je ne sais plus rien. Et même si tu avais tes raisons ? C’est à toi que je m’adresse maintenant. Tu es présente (...) Je poursuis la conversation, que nous avions commencé quand déjà ? Il y a trente ans ? Trente ans comme trente mètres de chêne, que je m’obstine à voir en toi (…). Il se tient là où se termine notre territoire. (…) C’était en 1954. C’était le temps de l’illusion. Notre première rencontre. Ma première rencontre avec l’amour. » Le Journal des arbres est rempli de tels arrêts sur images, de questions, de tentatives de compréhension. Il constitue un autre point de vue sur la vie et il est une recherche en elle de la force que possèdent les arbres. C’est une lecture de la vie en tant qu'univers. Ramassage obstiné des branches mortes : « la lutte avec l’image de la mort ». Les promenades nocturnes dans la forêt, en compagnie du chat Pompon sont l’apprivoisement de la peur. Beaucoup de choses dans ce livre se passent entre les lignes. Dans le subconscient. Je n’arrivais pas à quitter ce livre de la même manière que Jean Mailland restait dans la forêt, dans Les Trois Maisons. Et même quand il partait travailler. Quand il s’arrêtait dans un hôtel, la table y était la plus importante. À ce moment là il ouvrait son Journal des arbres et il n’interrompait pas son dialogue obsessionnel. Il se demandait d’où lui venait cette obsession des arbres ? Est-ce à cause du catalpa, cet arbre bizarre que son père avait planté devant la maison ? Ou peut-être à cause de sa grand-mère qui écoutait Les chants de la forêt de Chostakovitch ? Mais il est sûr qu’elle était venue de sa rencontre avec Armand Gatti, le premier qui si bien connaissait les arbres, dont le souvenir présent dans Le Journal des arbres est un fragment fascinant : « Voici le souvenir du premier jour de notre rencontre en octobre 1959, au théâtre Récamier à Paris, où se donnait la première de sa pièce Le Crapaud Buffle, mise en scène par Jean Vilar. « Tous mes personnages, avant d’être écrits, sont des arbres et c’est à partir de l’arbre qu’ils pourraient être que j’écris un personnage… Dans le camp de concentration, j’ai écrit un poème, un seul, c’était la révolte des arbres. Parler des arbres, c’est témoigner pour l’homme, lui donner accès dans saga cosmique ». Ecrit-il, crie-t-il. J’avais vingt et un ans et lui trente six. J'étais venu pour faire son portrait (…) Cette nuit- là j’ai rencontré un homme qui a transformé ma vie (…) Je suis resté seul (devant le théâtre), en attendant l’auteur qui m’avait promis un rendez-vous. Personne. Il pleuvait. (…) — C’est toi ce journaliste ? — Oui. — Viens prendre un verre, n’importe où (…) Nous avons discuté, à la fin, c’est lui qui parlait, durant toute la nuit, quand nous nous déplacions d’un bistro vers un autre, d’une bière vers une autre ( …) jusqu’à que vienne l’heure du premier métro. Je n'avais jamais connu une personnalité pareille (…) il m’a raconté sa vie, sa vie multiple. Il parlait de son enfance à Monaco, de son passage dans la maquis et des arbres de la forêt de Berbeyrolle, non loin de Tarnac en Corrèze, de la prison et du camp de concentration, de ses évasions et de son entrée dans le Special Air Service, de son retour à Limoges, des putes de la rue Prépapaud, du journalisme, des voyages en Amérique Latine, en Chine, en Corée, où il écrivait des reportages, tout ceci se mélangeant, se croisant, s’entrechoquant dans un débit délire avec son accent méditerranéen, ses gestes démonstratifs, les mains qui voltigent en tous sens, s’envolent, vous secouent, des phrases aboyées, un poète hurleur, un ton de prédicateur, j’étais médusé et séduit, magnétisé, soûlé d’images que cette source inépuisable déversait sur moi (…) Je devins son esclave, son complice, le confident de ses aventures amoureuses, son assistant, son déménageur, et je ne l’ai plus quitté durant quatre ans (…) J’avais eu besoin de beaucoup de temps pour calmer ma douleur quand j’avais été abandonné, pour ne plus jamais devenir Pompon, comme il avait l’habitude de m’appeler, mais devenir Jean Mailland. Il se remémore tous ceux qui se sont arrêtés plus longtemps et ceux qu’il connaissait moins, comme Aragon, qui après le récital d’Anna a dit : « Ceci n’est pas qu'un voyage à travers les chansons, c’est un voyage à travers la vie. » Jean Mailland mène le lecteur à travers sa forêt mais aussi à travers sa vie, marquée par une tragédie – il est né le jour du bombardement de Guernica, le 26 avril 1936. « Je garderais toujours en moi les 1654 morts de cette tragédie (…) 1654 arbres tenant debout. Plantés dans le coeur et fleurissants dans le cœur. » Sur les pages du Journal des arbres les poètes décédés ainsi que les professeurs de l’écrivain prennent la parole. Nombreux sont ceux qui se souviennent, qui font remonter les souvenirs, comblent de tendresse. Et quand il redécouvre son cahier scolaire de poésie, il prend la décision de le réécrire à nouveau, en le remplissant de poèmes dédiés aux arbres. Mais comme il l'écrit lui-même : cette forêt, c’est sa propre cathédrale, son église. Le Journal ne manque pas non plus de photos d’Anna, en train de se préparer pour de nouveaux spectacles, de répéter ses rôles, mais avant tout de chanter. Ce livre constitue un récit émouvant de leur amour, qui a commencé à Babelsberg. Quand, après des années, Jean Mailland écrit le scénario d’un film d’amour à Babelsberg, au temps du communisme, quelqu’un lui a demandé « Mais qui sera intéressé par une telle histoire?» Et pourtant, encore aujourd’hui elle n’arrête pas de fasciner. Anna continue de chanter une des chansons écrites par son mari : « C’était à Babelsberg, un bel après-midi. » Jean est heureux quand Anna répète ses rôles et ses chansons dans la forêt. Ce sont des moments qu’il a attendu toute sa vie. Malheureusement, en 1989 les ennuis d’argent commencent. A la date du 7 février, pour la première fois apparaît la menace de la perte des Trois Maisons. Sur les pages suivantes, l’idylle est interrompue régulièrement par la peur et le refus de croire que l’écrivain pourrait perdre la forêt qu’il aime tant. Malgré cela, il essaye de vivre comme avant. Les promenades avec sa chienne Billy, sa chatte Pomponette, au clair de lune. Nettoyage. La lutte avec le monde mortel. Une tentative de regarder vers soi. « Cette forêt est une secrète partie de moi-même. » A tous prix je veux la garder. Alors, de plus en plus de travail. Encore des films et des scénarios. Et à chaque fois une question qui revient : Est-ce que ce scénario nous sauvera ? Est-ce qu’il sauvera la forêt? Voici le véritable monde de Jean Mailland, le travail dans la forêt durant la journée et l’écriture durant la nuit, l’écriture à-laquelle assiste sa chatte bien-aimée. Jean Mailland parle d’animaux avec la même tendresse que quand il parle des humains. La mort de Pomponette marque le début de la fin de ce monde, sa tragédie personnelle. Mais encore une fois, après plus de vingt ans, Anna ira en Pologne où elle était interdite jusqu’à là. En 1989, la délégation du Président Mitterrand arrive officiellement à Varsovie. Mailland décrit cet événement dans son Journal. Il se souvient qu’on lui a souvent demandé quand est-ce qu’Anna viendrait en Pologne. Il répondait que quand elle viendra, elle traversera le tarnac de l’aéroport sur un tapis rouge et l’armée la saluera. Ce qui n'était que de l’imagination, une plaisanterie, est devenue réalité. Jean a accompagné Anna et à son retour en a fait un film. Et c’est après ce retour de Pologne, d'un point de vue symbolique, que la forêt cesse d’appartenir à Anna et à Jean. Ils habitent toujours là-bas, mais la maison devient la propriété de la banque. Néanmoins ils y sont toujours. Seuls, « avec le vent, le soleil et le ciel. Avec nos chats, nos oies, dans le calme des plantes et des animaux. Dans une harmonie parfaite (…) Anna se promène quotidiennement avec Billy et, répétant ses textes, rencontre les renards et leurs petits. Et pourtant, ils croient toujours que cela pourra marcher. Ils prennent la décision d’ouvrir un théâtre à cet endroit. Anna joue les spectacles, chante, donne des cours, aux jeunes acteurs, Jean parle de théâtre, de littérature, de philosophie et d’histoire. Il semblait que cela pouvait marcher. Après tout, cet endroit leur était destiné. Il a été apprivoisé et l’homme doit être responsable de ce qu’il apprivoise. En avril 1991, Mailland écrit que pour pouvoir sauver la maison, il ne leur reste que le loto. Mais il a toujours la foi et surtout maintenant car avril est leur mois – il est né en avril, ils se sont mariés en avril et en avril sont venus au monde leurs fils Manuel et Piotr. Ils continuent de travailler car ils veulent sauver la forêt. À Paris tout est différent. Jean Mailland ne sait plus vivre au rythme de la ville, des gens superflus, mais il doit y rester pour pouvoir sauver Les Trois Maisons. Pour le moment cela fonctionne. En avril 1992, il donne aux arbres des noms polonais : Witkiewicz, Iwaszkiewicz, Andrzejewski, Gombrowicz. Anna et lui préparent un spectacle intitulé Monsieur Brecht qui devient un grand succès. Mais cela sera-t-il suffisant ? Jean écrit « Monsieur Brecht nous sauvera. » En juillet 1993, il devient clair que Les Trois Maisons ne pourra pas être sauvé. La forêt sera vendue. Le dernier réveillon à la campagne. Anna travaille sur le spectacle Vertinski, Jean voudrait photographier les arbres. Mais il abandonne cette idée. Il décide de les garder en mémoire. Il écrit qu’il voudrait « s’endormir dans cette forêt ». Quand disparaît un autre chat, Pompon, cette forêt cesse de leur appartenir. En mars 1995, il note encore « Nous restons à la maison mais qui n'est plus notre maison. » Le 22 avril : « Je veux tout oublier. » Le 15 mai : « Au moment de notre départ c’est la pleine de lune. Nous partons toujours les jours de pleine lune… » Remigiusz Grzela ***** |