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Une Forêt de signes
Une Forêt de signes
Texte de René Pons
Photographies de Magali Ballet
72 p.
ISBN 978-2-35652-019-7
16 €


« Ô prince Golaud, où m’as-tu entraîné, à travers les fûts dressés de la forêt ? En sortirais-je ?

On ne sort pas de la forêt des mots, on s’y perd à jamais, on y tourne, on y meurt, on s’y décompose, on y disparaît. »



Notes de lecture

Lucien Wasselin (
Rétroviseur n° 114, octobre 2009)

La destinée du prince Golaud n’est qu’un prétexte pour René Pons. En effet, après huit pages retraçant la légende, René Pons avoue qu’il n’est pas certain « que la destinée du prince Golaud soit telle qu’(il) vient de la décrire ». Et, partant de ce cas, il met en évidence les avatars des mythes et des légendes pour conclure que la littérature n’est « qu’une série de variations infinies sur quelques thèmes toujours identiques et les écrivains les explorateurs d’un labyrinthe tapissé de miroirs . » Et que les textes, à leur tour, appellent d’autres formes d’art. René Pons, avec une érudition toujours légère et beaucoup de sensibilité, analyse Pelléas et Mélusine, l’opéra de Debussy, d’après l’œuvre de Maeterlinck. Je relève cette phrase : « Je connais peu de chant aussi émouvant que la lettre de Golaud lue par Geneviève et dans laquelle une seule inflexion sur le mot peur, une soudaine altération d’à peine une seconde, suffit à insuffler à un texte banal cette inquiétante étrangeté que peuvent contenir les plus modestes interstices du quotidien, à condition qu’on prenne la peine, cette étrangeté, de la chercher. » Je vois dans ces mots comme éloge de la concision, de la discrétion et de l’anti-académisme de Debussy.
Mais René Pons quitte rapidement le terrain de l’analyse pour laisser sa pensée librement errer dans l’histoire de la littérature et retrouver les héros qui l’ont bouleversé et qui révèlent ce qu’il est. Commence alors une introspection étrange que tente d’expliquer son écriture, une écriture qui ne serait que « la métaphore de (sa) fuite devant la vie à travers une forêt de signes… » Il faut lire attentivement ces lignes émouvantes d’un écrivain qui, pour discret qu’il soit, n’en est pas moins très prolifique (plusieurs dizaines d’ouvrages et plus de deux cents livres d’artistes). Car René Pons a une vision lucide de la situation actuelle de l’écriture et de l’édition, son travail est à l’opposé de la distraction et du spectacle, de la gesticulation et de la posture propres à de nombreux écrivains médiatiques. Son écriture – et c’est là un gage d’exigence pour le lecteur – est une traque de l’innommable et de l’insituable.
Forêt de signes donc. Et la troisième partie du livre accompagne étroitement les photographies (d’arbres, de taillis…) de Magali Ballet. Non pour les paraphraser mais pour décrypter en quoi elles sont une sonde de son inconscient. D’où le retour qu’il opère à ses origines, au jardin familial avec ses arbres, son potager et sa petite vigne… Un jardin qui l’a marqué à jamais. Cette dernière partie du livre nous vaut de belles évocations très sensibles où le souvenir se mêle à des références littéraires et picturales.
Aussi le lecteur est-il entraîné (malgré lui ?) dans une forêt de signes qu’il ne quitte, quand le point final est mis, qu’avec difficulté tant ce livre est prenant.

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Jean-Louis Keranguéven, revue Souffles (juin 2009) :

Voici que prétextant de nous faire revivre l’histoire de Pellas et Melisande (drame lyrique de Maurice Maeterlinck mis en musique par Debussy), René Pons nous entraîne à sa suite et à celle du prince Gollaud dans les profondeurs abyssales d’une étrange et mystérieuse forêt. Et nous voici en quelques lignes transportés (ô frissons et émois de l’enfance !),  plongés dans une atmosphère merveilleuse et morbide servie par une langue toujours aussi ciselée. Mais, très vite, le lecteur se rend compte que l’histoire n’est qu’un prétexte et que la véritable forêt que René Pons nous invite à pénétrer, avec cette égale lucidité, cette pudeur et cette intransigeance envers lui-même parfois teintée de dérision, c’est celle de sa vie, de ses peurs, de ses angoisses d’homme et d’écrivain, de ses espoirs. Il évoquera d’abord son impérieux besoin d’écrire « ou plutôt de tracer, de maculer » qui l’a poussé dans une forêt de signes où il avoue s’être perdu.
De superbes photographies argentiques corroborent le mystère de la forêt et ponctuent les thèmes abordés : amour porté aux arbres, en particulier à ceux de la maison de son enfance évoquée non sans nostalgie mais sans amertume, souvenirs de toute une vie remontant des strates de la mémoire au point de départ : « O prince Gollaud, où m’as-tu entraîné, à travers les fûts dressés de la forêt ? En sortirai-je ? On ne sort pas de la forêt des mots, on s’y perd à jamais, on y tourne, on y meurt, on s’y décompose, on y disparaît. »

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Dominique Aussenac, Le Matricule des Anges (n° 101, 2009) :

Les photographies argentiques de Magali Ballet laissent sans voix. Elles fascinent. Les fées qu’elles exacerbent mènent au matériel et à l’onirique. Le plus merveilleux des merveilleux est capté, porteur d’effrois dans ces ombres et lumières de forêts, arbres, taillis limousins. Quid de la prise de vue ? Quid du traitement chimique de l’image ? Elles dévoilent tout en cachant. Hyper matérialité et sous naturalité. Une perception des origines du monde, un enchantement. Forcément, ces images ne peuvent qu’animer, réanimer l’écriture d’un René Pons. Il y voit Golaud et l’interpelle : « Ô prince Golaud, où m’as-tu entraîné, à travers les fûts dressés de la forêt ? En sortirais-je ? / On ne sort pas de la forêt des mots, on s’y perd à jamais, on y tourne, on y meurt, on s’y décompose, on y disparaît. » Fort, mais pas sans références, Pelléas et Mélisande, un opéra de Debussy d’après une pièce de Maeterlinck. De ce dernier, Debussy expliquait : « J’ai voulu que l’action ne s’arrêtât jamais, qu’elle fût continue, ininterrompue. La mélodie est antilyrique. Elle est impuissante à traduire la mobilité des âmes et de la vie. Je n’ai jamais consenti à ce que ma musique brusquât ou retardât, par suite d’exigences techniques, le mouvement des sentiments et des passions de mes personnages. » René Pons écrit avec la même folie, la même ferveur. Intarissable, il croise l’apollinien avec le dionysiaque, vole les arbres ou leurs photographies, évoque son enfance, un jardin, un vin aigrelet, des cépages, un figuier, Frédéric Bazille, l’Ecole de Barbizon, Les Métamorphoses d’Ovide… Son secret : « pourtant me reste la voix des morts fraternels, complices de ma folie cachée, qui font de mon bureau une forteresse de papier où je peux à loisir, dans la solitude, me croire l’hôte délirant d’un château cerné d’une forêt de signes… »

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Paola Pigani, revue Le Croquant (n° 61-62, 2009) :

Dans ce beau livre sobre, les photos en noir et blanc de Magali Ballet nous donnent à voir et à ressentir l’épaisseur mystérieuse d’une forêt aussi vivante que troublante. Tandis que René Pons nous parle à sa manière de ce monde inépuisable nous révélant cette nécessité d’aller toujours plus loin et dans l’angoisse et dans le désir pour apprendre un jour à résoudre notre propre énigme. Ces photos sont comme une suite hivernale, une ode à la solitude humaine. Clairières serties de neige, silhouettes d’arbres fantomatiques aux branches dénudées, chemins noirs et fuyant aux ornières profondes, c’est à peine si l’on devine la lumière et pourtant Magali Ballet nous redonne un regard d’enfance sur ce royaume inconnu où s’enchevêtrent la beauté et la peur. De vieux corps d’arbres aux béances obscures invitent à s’incliner face cette mémoire massive inviolable. Mémoire des saisons et des cataclysmes. René Pons se saisit de ce défi : m’enfoncer toujours plus dans l’inconnu… un creusement désespéré à travers les mots… mon écriture… n’est que la métaphore de ma fuite devant la vie à travers une forêt de signes.
De belles interrogations sur l’art et la solitude jalonnent ce petit livre où transparaît une secrète alliance entre la photographe et le poète :
Ce qui nous est étrange, ce n’est pas tant d’entendre la voix d'autri que de retrouver notre propre voix derrière cette voix étrangère, et ce que nous admirons dans l’autre, en réalité, c’est, menée à bien, cette part de nous-mêmes que nous n’avons pas su, nous, mener jusqu’à l’état d’œuvre…
Nous finissons par quitter la grande forêt universelle pour atteindre une sorte de mémoire intime où René Pons nous accompagne jusqu’à l’arboretum de son enfance. Il nous apprend ainsi que par l’Arbre la réalité du monde est entrée en lui et chaque fruit évoqué, cueilli au seuil de l’innocence devient la preuve de son passage dans une vie heureuse.
Autour de moi, le gel resserre son armure. Le temps et l’ombre ont envahi le jardin d’hier, René Pons revient aux murmures de ses écrits. Dans sa forteresse de papier, sa douce réclusion, devenu roi nu au crépuscule de l’âge, entre les livres, il retrouve sa forêt de signes.

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Rémy Boyer, revue en ligne La Lettre du Crocodile (29 janvier 2009) :

René Pons, tel un Ulysse des forêts, nous offre une perle imaginaire avec Une forêt de signes publié par Les éditions Le bruit des autres et la Galerie L’oeil écoute. L’ouvrage est illustré, mais c’est bien davantage qu’une illustration, par de magnifiques photographies de Magali Ballet.
         Tout commence par un conte initiatique des plus classiques :
         « Le prince Golaud, puissant et vêtu de cuir, erre dans la forêt, ayant perdu ses chiens. Cette forêt, il croyait la connaître, et voilà qu’elle se referme sur lui comme un piège. S’il était sur un plateau désert, peut-être un arbre solitaire, à l’horizon, lui servirait-il de repère, mais ici plus d’horizon, plus de direction.
         Une lumière diffuse s’insinue entre les hautes branches, tout juste capable de faire pâlir la pénombre. Des oiseaux crient et leurs cris résonnent comme sous une voûte, tantôt ici, tantôt là. L’air immobile, tout chargé d’une odeur d’humus et de champignon, est difficile à respirer. Sous ses pas, Golaud sent le grouillement de la vie, le vivant défait par la pourriture, la mort sinueuse qui glisse entre les racines. Autour de lui, le bas des troncs des plus grands arbres ressemble aux pattes figées de dinosaures paralysées, mais rien ne dit que ces pattes, soudain, ne vont pas se soulever pour écraser le prince errant.
         Golaud n’a pas peur, ou plutôt il se persuade qu’il n’a pas peur, c’est un homme courageux, mais peut-être croit-il aux maléfices, peut-être inconsciemment, sent-il qu’ici commence le malheur... »
         Le conte est aussi prétexte à une pensée originale de René Pons sur la littérature, la vie des mots, des phrases, des livres, les siens comme ceux des autres. Comment, par exemple, ces personnages, aventuriers, fous, errants... apparaissent-ils dans la conscience de l’auteur, nourris de ses angoisses, de ses peurs, de ses doutes, de ses cris, de ses désirs ? Comment l’écriture s’impose-t-elle à la conscience et au corps ?
         « Un jour, près d’une source, dans la forêt de ma perplexité, j’ai, moi aussi, rencontré cette nécessité d’écrire – ou plutôt de tracer, maculer – dont les yeux ne se fermaient jamais, l’immortelle nécessité sans fin recommencée, et au fond de ses yeux j’ai vu, faute de notes, se former des lettres, j’ai vu se commencer un texte dont je ne savais pas que son développement se terminerait avec moi, non pas que j’eusse grand-chose à dire, mais comme si je ne pouvais plus fermer les yeux de mon désir de tracer, comme si je ne pouvais plus détacher mes yeux des yeux immenses qui me regardaient, de ce regard qui m’enfermait dans une sorte d’autisme, m’intimant l’ordre d’écrire et me poussant dans une forêt de signes où je me suis perdu, d’où je ne sortirai qu’avec ma mort, une forêt où, sans me retourner je m’enfonce de plus en plus dans l’exaltation de l’obscur... »
         La forêt comme métaphore de la pensée. D’une forêt à une autre, René Pons définit ce qui fait l’auteur, ce qui le distingue de l’écrivain, de celui qui écrit en vain, de celui qui se demande comment il va remplir cette page blanche que l’éditeur attend. L’écriture est ici une ascèse laïque d’une grande puissance, puissance que l’on peut apprivoiser mais jamais dompter.
         Le travail de Magali Ballet relève de la même quête. Photographies et textes dansent ensemble pour célébrer le complexe et le simple dans le complexe, le chemin dans l’enchevêtrement. Le Noir & Blanc, l’argentique, sont porteurs d’ensorcellements, de tourbillons engendrés par le jeu subtil entre les miroirs des mots et les miroirs des images.
         « Si j’ai assimilé, nous dit René Pons, ce que représentent ces photos à mes obsessions, c’est parce que je suis persuadé qu’une œuvre, quelle qu’elle soit, ne nous touche, aussi monstrueux que cela paraisse, que de la part de similitude avec notre moi conscient ou inconscient qu’elle contient. »
         C’est de la fonction même de l’art que nous entretient René Pons dans cet essai. Beau, vrai, profond.

http://lettreducrocodile.over-blog.net/

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René Pons est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages (aux éditions Gallimard, Actes Sud, Marval, Cadex…) et de plus de 200 livres d’artistes. C’est le septième titre qu’il publie chez nous.

Magali Ballet poursuit son travail photographique argentique amorcé il y a plus d’une décennie en Limousin. Son œuvre fait l’objet d’expositions, de commandes, d’éditions et d’acquisitions.




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